Les enjeux et tendances du marché de la formation professionnelle

Date de publication de l'article : 31/01/2024
Le marché de la formation en 2024

2024, une année charnière

L’année 2024 est arrivée et, avec elle, de nouveaux défis pour les responsables RH et formation. Qu’il s’agisse de répondre aux enjeux actuels ou ceux de demain, la formation n’a jamais été aussi clé pour les entreprises qu’aujourd’hui et pourtant les difficultés ne cessent de croître.

Mutations trop rapides, nouvelle ère de l’intelligence artificielle, budgets serrés… Entre besoins et moyens, la dissonance est plus marquée que jamais. C’est dans ce contexte que 2024 s’annonce déjà comme une année charnière du marché de la formation qui se réinvente entre challenges et opportunités.

Se dessinent alors de nouvelles tendances en réaction aux innovations – par exemple face à l’IA générative – ou aux mutations des méthodes de travail. La réalité économique elle aussi oblige à la flexibilité et à l’adoption de nouvelles pratiques avec par exemple l’avènement du social learning.

Mais ce n’est pas uniquement la forme de la formation qui évolue ; des tendances se dégagent aussi sur le fond. Quelles compétences faudra-t-il muscler dans les années à venir ? Quelles seront celles qu’il faudra absolument acquérir ? Pourra-t-on recycler certaines compétences ? Les experts confirment certains mouvements déjà anticipés mais ajoutent de nouvelles dimensions à la palette des soft-skills.

Enjeux, tendances et possibilités, on vous dit tout sur ce que cette année 2024 réserve au marché de la formation.

Comprendre les enjeux du marché

Les mutations et besoins 

Il n’est plus nécessaire (du mois on l’espère) d’expliquer que former est vital pour les entreprises. La grande démission, l’assaut de l’intelligence artificielle au cœur de nos métiers, l’obsolescence des compétences… voilà autant de preuves que de raisons de former les collaborateurs.

Cette réalité s’est amplifiée avec vigueur du côté des nouvelles technologies dont les évolutions exponentielles ont radicalement transformé les méthodes et pratiques de travail. À titre d’exemple, la sortie de Chat GPT-4 en mars dernier a provoqué de vives réactions et a obligé une mise à niveau en un temps record pour a minima se familiariser avec cette nouvelle IA surpuissante. Ce cas illustre parfaitement la notion de compétences qui se doivent d’être actualisés face aux mutations du marché en plus de celles qui doivent être acquise depuis le début.  

Environ 40 % des employés pourraient nécessiter un recyclage de compétences d’ici 2025 pour s’adapter aux impacts de l’IA et de l’automatisation

Source : étude conjointe IBM et Oxford Economic menée auprès de 3000 cadres dirigeants au niveau mondial, 2023

Il est aussi intéressant de se pencher sur le marché de l’emploi qui, à l’instar de 2022, est favorable aux candidats. Cette tendance s’inscrit directement dans l’héritage de la Grande Démission et elle fait souvent de la formation un véritable avantage compétitif quand il s’agit d’attirer et de conserver les talents.

Côté reconversion, on peut souligner un léger recul. Si la période post covid avait été le terreau de nombreux discours pro-reconversion, l’effet s’est ralenti en 2023.

Le point définition

Le PTP est le successeur du CIF et permet au salarié de s'absenter de son poste pour suivre une formation destinée à lui permettre de changer de métier ou de profession.

Des chiffres records pour la formation

Chiffre d'affaires des organismes de formation

Source graphique : Jaunes Budgétaires 2024, Gouvernement français, 2023

Le besoin de formation s’est aussi illustré dans la pratique. Du moins, c’est ce qui ressort des chiffres publiés par les Jaunes Budgétaires de la formation professionnelle qui a mis en évidence un nouveau record du chiffre d’affaires des organismes de formation en 2022. Ce dernier s’est élevé à 27,6Mdrs€ soit une hausse de 10,6% par rapport à 2021. Ces résultats sont néanmoins à contraster sur deux aspects.

D’abord, les subventions massives pour l’apprentissage qui expliquent près de 60% de la hausse. Bien qu’on observe un nouveau record sur les achats hors apprentissage, celui-ci est bien loin en dessous du précédent.

En 2022 on comptait 20,4 Mds€ d’achats de formation hors apprentissage (+5,5% VS 2021)

Source graphique : Jaunes Budgétaires 2024, Gouvernement français, 2023

Le deuxième aspect est l’inflation. Le contexte économique de la période étudiée a en effet été marqué par une inflation s’élevant à 5,2% selon l’Insee contre une augmentation de 5,5% des achats de formation hors apprentissage.

La hausse est donc en réalité très faible en comparaison aux chiffres affichés, mais elle permet néanmoins de contraster les discours de certains acteurs qui annonçaient une chute des achats de formation à la suite de la crise sanitaire. Le phénomène ne s’est pas produit et seul un recul des PTP a été observé.  

Le défi budgétaire

2023 s’annonçait déjà comme une année compliquée côté budget : crise inflationnaire, amortissement des impacts de la crise sanitaire, conséquences géopolitiques avec la hausse du coût des matières premières… Les voyants étaient au rouge et, dans le meilleur des cas, ils passeront orange.

De l’autre côté, les équipes ont davantage besoin de formation pour répondre aux évolutions technologiques, rester compétitifs ou s’emparer de nouveaux sujets. Les responsables formation rencontrent alors un défi titanesque : concilier le budget avec la demande. Former mieux et plus, avec moins. C’est là que le casse-tête commence.

Il existe de nombreuses solutions comme repenser l’allocation des formateurs ou accroître le volume de formation à iso-ressources avec des outils tels qu’Adesoft. Mais d’autres systèmes sont aussi trouvés : formations raccourcies, curation et consommation de contenus en autonomie, formations en interne… On expliquera davantage ces nouvelles tendances plus tard dans l’article.

Une réalité dissonante en fonction des entreprises

De façon systémique, le défi budgétaire n’impacte pas l’ensemble des structures de façon égale. Si près de 50% des salariés déclarent avoir eu accès à la formation en 2021, on note de grosses disparités selon la taille ou le secteur d’activité des entreprises.

43,4% des salariés ont eu accès à la formation professionnelle en 2021

Source : l’enquête formation employeur – européenne, entreprises et associations du secteur privé français, T4 2021

L’Enquête Formation Employeur – européenne de fin 2021 permettait par exemple de montrer que plus de 75% des salariés d’entreprises de plus de 1000 salariés avaient eu accès à la formation contre moins de 25% pour ceux évoluant dans des structures de moins de 50 salariés. On peut aussi noter que les salariés des petites entreprises ont suivi des formations comparativement plus longues.

En moyenne, la durée de formation d’un salarié dans une entreprise comptant 1000 salariés ou plus s’élève à 26,1 heures contre 32,3 heures pour un salarié d’une petite entreprise

Source : L’enquête formation employeur – européenne, entreprises et associations du secteur privé français, T4 2021

Ces différences se révèlent aussi en fonction des secteurs d’activité avec par exemple près de 80% de collaborateurs formés dans le domaine de la finance contre 13% en agriculture ou 28% dans la construction

% des employés ayant eu accès à la formation professionnelle par secteur d'activité

L’avènement de nouvelles tendances

De la nécessité du GPEC

Face à tous ces défis dont les contraintes et enjeux pétrissent le secteur de la formation, il est plus que nécessaire de piloter l’activité de formation pour permettre d’anticiper, optimiser et réduire les coûts. Et, entre besoins du marché et attentes des salariés, la gestion des compétences au sein de la structure n’a jamais été aussi complexe. La gestion prévisionnelle des emploi et des compétences est donc plus que d’actualité

Rappel : la mise en place de la GPEC est obligatoire pour les entreprises de plus de 300 salariés depuis le 18 janvier 2005 (loi Borloo)

Revenons peut-être d’abord sur la notion de la GPEC (Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences). Il s’agit d’une méthode pour penser et harmoniser les compétences des collaborateurs avec la réalité, les besoins et les perspectives d’évolution de l’entreprise.

Cette méthode permet la conception de plans d’action afin d’aligner les besoins en compétences ainsi que d’accompagner l’évolution des salariés sur des nouveaux postes.

Les employeurs estiment que 44 % des compétences des travailleurs seront perturbées au cours des cinq prochaines années

Source : World Economic Forum, Future of Jobs Report, 2023

Les top compétences à développer

On a parlé de la GPEC, mais sans vraiment comprendre les besoins de demain… ça n’a aucune utilité. Il faut donc se pencher sur le marché, anticiper ses évolutions et les compétences qui seront la pierre angulaire de la croissance.

Si on regarde les études la conclusion est unanime, ce sont les soft skills qui se hisse en top du palmarès des compétences à acquérir ou à muscler sur les prochaines années.

41% des organisations ont déployé des formations soft skills dans les 12 derniers mois

Source : Baromètre des soft skills 2023 proposé par Lefebvre Dalloz Compétences, 2023

Petite piqure de rappel : les soft skills regroupent les aptitudes comportementales et interpersonnelles d’un individu. Ce sont toutes les compétences non techniques mais qui peuvent néanmoins les nourrir.

Elles peuvent se répartir en huit grandes familles : les compétences cognitives, d’engagement, d’éthique, de management, d’efficacité, technologique, physique et enfin de collaboration avec les autres.

Si elles sont essentielles pour l’entreprise, la largeur de leur spectre peut parfois être déroutant. Alors quelles sont les compétences douces qu’il faut prioriser ? Le rapport « Future Jobs » de 2023 du World Economic Forum nous présente ses résultats :

  1. Esprit analytique (capacité cognitive)
  2. Esprit créatif (capacité cognitive)
  3. Résilience, flexibilité et agilité (capacité d’efficacité)
  4. Motivation et bonne conscience de soi (capacité d’efficacité)
  5. Curiosité et apprentissage continu (capacité d’efficacité)
  6. Culture technologique (capacité technologique)
  7. Fiabilité et souci du détail (capacité d’efficacité)
  8. Empathie et écoute active (capacité de collaboration)
  9. Leadership et rayonnement social (capacité de collaboration)
  10. Contrôle et suivi de la qualité (capacité de management)

Ce palmarès confirme la réalité des dernières années avec l’esprit analytique et de créativité qui conservent leur pole position, demeurant les deux compétences les plus importantes pour les entreprises et leur évolution.

Dans cette étude, les compétences non-techniques autour de l’IA et du big data ne s’inscrivent qu’en quinzième position. On peut néanmoins supposer qu’au cours des prochains mois ou années, ces compétences remonteront dans le top 10

L’IA au cœur des pratiques de formation ?

Pourquoi les compétences autour de l’IA et du big data deviendront cruciales ? Parce que l’Intelligence Artificielle a pris d’assaut presque tous les métiers et pans de notre vie professionnelle. Il ne s’agit pas de simplement répondre aux mutations liées à l’IA mais aussi de les anticiper, notamment en matière d’IA générative.

35% des français se disent submergés et en incapacité de suivre les évolution de l’IA

Source : étude LinkedIn basée sur 2040 salariés âgés de plus de 16 ans en France, août 2023

Si 2023 marque l’envol de l’IA générative, spécialement porté par Chat GPT-4 développée par OpenAI, elle invite aussi à de nouvelles approches notamment en matière de formation.

La mécanique est double : on se forme pour et par l’intelligence artificielle. L’avancée technologique des derniers mois a transformé l’approche de la formation et s’intègre dans plusieurs logiciels pour la partie Q&A, centre d’aide et formation légère. Ce qui balbutiait hier est commun mais surtout pertinent aujourd’hui.

En matière de formation, on observe une convergence entre le réel et le numérique avec, par exemple, la réalité augmentée ou virtuelle qui portent des expériences d’apprentissage toujours plus immersives et des environnements interactifs.

L’émergence de nouveaux formats et pratiques

L’IA n’est pas le seul axe d’évolution côté forme de la formation. Qu’il s’agisse des budgets serrés, des nouvelles compétences attendues ou de la multiplication des contenus, il existe de multiples phénomènes qui transforment le paysage de la formation professionnelle.

Un des penchants qui s’est le plus confirmé sur les derniers mois est la consommation de contenus toujours plus courts et efficaces. La formation passe aujourd’hui aussi par ces contenus. On observe d’ailleurs de plus en plus la combinaison des TMS et LMS. Si les formats varient (audio, vidéo, infographie…) l’objectif reste inchangé : délivrer un savoir dans un format peu coûteux et industrialisable.

Il existe aussi une autre dimension autour de la consommation de contenus courts : les salariés se forment eux même. Ils curent et consomment les contenus pertinents à leurs activités et missions. La formation n’implique plus d’être formelle.

C’est pourtant loin d’être évident notamment dans un contexte où le marché de la formation se régularise et se durcit avec par exemple l’instauration d’une obligation de certification de qualité (en 2023, seule la moitié des organismes de formation étaient certifiés Qualiopi).

De nouvelles méthodes d’apprentissage

Du côté des formations plus formelles, on observe aussi des changements. Par exemple, le format expositif est remis en question, quelque peu détourné pour proposer des méthodes plus actives, avec la volonté de réduire les groupes pour proposer des expériences plus personnalisées et interactives.

Le point définition

Le méthode expositive repose sur un apprentissage vertical, selon lequel le formateur détient toutes les connaissances

On compte environ six grandes méthodes d’apprentissage : expositive, interrogative, active, démonstrative, expérientielle et heuristique.

Cette dernière a fait émerger la ludopédagogie où le jeu est au centre de l’apprentissage. Le but ? Accroître la motivation et l’intérêt en captivant l’audience par des approches disruptives qui stimulent l’esprit de compétition des participants.